L’épopée de la Rani Lakshmibai

Les femmes n’ont pas attendu qu’une journée soit créée en leur honneur pour marquer l’Histoire ! De Théodora la Byzantine à Catherine II l’Impératrice des Russies en passant par Hatchepsout la femme Pharaon, nombreuses sont les femmes ayant marqué l’Histoire.

Néanmoins, cette journée est pour nous l’occasion de nous pencher brièvement sur une histoire fascinante et méconnue se déroulant dans le sous continent indien du temps de la domination de la Compagnie britannique des Indes orientales : l’histoire de la Rani Lakshmibai de Jhansi, héroïne Marâthe révoltée contre l’emprise des Britanniques sur son territoire et son peuple.

Lakshmibai-Pune
Statue équestre de la Rani Lakshmibai de Jhansi à Pune, ancienne capitale de l’Empire Marâthe (Inde).

Nous sommes en 1857, le sous continent Indien est en grande partie aux mains des Britanniques qui ont procédé avec une efficacité époustouflante et un usage abondant de l’intrigue. Il était par exemple commun pour les Britanniques d’usurper les royaumes et états qu’ils avaient fédérés lorsqu’il y avait des troubles de succession (un héritier trop jeune pour régner, aucun héritier direct, etc), et de les rattacher à la « British East India Company », c’est-à-dire sous un contrôle Britannique direct et non plus par un lien de vassalisation.

C’est à cette époque troublée du sous-continent que se passe l’épopée de Lakshmibai, ou Lakshmî Baî, reine et par la suite régente de l’Etat Princier de Jhansi, dans le Nord de l’Inde. Lakshmibai est une brahmane (caste la plus élevée dans l’hindouisme de l’époque et en principe non guerrière, sauf chez les Marâthes où un aspect guerrier s’est imposé de fait aux brahmanes) Marâthe dans une région qui est pourtant loin du Maharashtra dont sont originaire les Marâthes. Pour comprendre comment des Marâthes, originaires du centre de l’Inde, se sont retrouvés là, il faudrait se replonger dans l’Histoire fascinante de l’Empire Marâthe, fondé par Shivaji Bhonsle en 1674, qui a occupé une part importante du sous-continent avant l’arrivée des Britanniques. L’Etat Princier de Jhansi et son dirigeant le Maharaja Gangadhar Rao sont à l’époque soumis à la Compagnie britannique des Indes orientales. En 1853, gravement malade et n’ayant pas eu de descendance directe, le Maharaja et mari de Lakshmibai, très au fait des méthodes implacables des Britanniques, avait peu avant qu’il ne passe l’arme à gauche adopté le fils de son frère afin qu’il puisse lui succéder. L’adoption et l’intronisation fut faite en présence des Britanniques qui avalisèrent l’évènement d’un point de vu moral et légal. Malheureusement pour lui, une fois mort, les Britanniques revinrent sur leur accord, s’approprient l’Etat Princier de Jhansi aux dépends de Lakshmibai et de son fils adoptif. La légende veut que la reine, recevant l’ultimatum britannique, se soit écriée : « Je n’abandonnerai pas ma (cité de) Jhansi ! »
Ce n’est que quelques années plus tard, en 1858, en pleine Révolte des Cipayes, une vaste rébellion anti-britannique dans le sous-continent indien, que l’opportunité se présentera de reprendre la main et le contrôle de son territoire.
Ce sont près de 14 000 hommes, principalement des volontaires, qu’elle parvient à mobiliser et à qui elle déclare : « Nous nous battons pour l’indépendance. Selon les paroles du Dieu Krishna : si nous sommes victorieux nous pourrons profiter des fruits de la victoire, mais si nous sommes vaincus et tués sur le champ de bataille, nous gagnerons la gloire éternelle et le salut ! ».
Les Britanniques ne laisseront bien évidemment pas faire et mettent rapidement le siège devant le fort dominant la ville de Jhansi. Les troupes de Lakshmibai composées à la fois de locaux et de Marâthes, vont courageusement se battre contre les Britanniques et leurs alliés au cours du siège. Lakshmibai se montre digne de ses origines et mène ses hommes jusqu’au cœur des combats, mais cela ne suffit pas à résister aux assauts non moins vaillants et organisés des Britanniques.
Alors que les combats font rage, les troupes de la Compagnie parviennent à percer en plusieurs points, débordant petit à petit les défenseurs. Lorsque la défaite lui apparaît inévitable, Lakshmibai profite de l’obscurité pour filer avec son fils adoptif attaché sur son dos et ainsi tenter de sauver ce qu’il restait de son état. Elle rejoint d’autres princes rebelles en compagnie desquels elle poursuivra un certain temps le combat et connaîtra de nouveaux revers. Elle ne survivra pas longtemps à la chute de « sa Jhansi » : la même année, au cours d’un furieux combat de cavalerie qu’elle mène avec ce qu’il lui restait de ses troupes, ici encore digne de la réputation des marâthes, elle est finalement tuée par ses adversaire, avec son fils qu’elle portait sur son dos.
Statue équestre de Lakshmibai à Solapur, Maharashtra
Statue équestre de Lakshmibai à Solapur dans le Maharashtra (Inde)
C’est ainsi que la Rani Lakshmibai de Jhansi, aujourd’hui l’un des symboles de la résistance Indienne face aux Britanniques, remporta « la gloire éternelle et le salut » promises par les paroles du Dieu Krishna, à défaut d’emporter la victoire…

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